Les biais qui faussent notre perception de l’investissement

Quand l’actualité influence vos décisions
Vous l’avez peut-être déjà remarqué : lorsqu’une information fait la une, elle semble soudainement plus importante qu’elle ne l’est réellement. En investissement, ce réflexe peut vous jouer des tours. Le biais de récence consiste à accorder davantage de poids aux événements les plus récents, comme une forte hausse ou une chute brutale des marchés.
Le biais de disponibilité fonctionne de manière similaire : nous avons tendance à surestimer l’importance d’une information parce qu’elle est particulièrement présente dans notre esprit ou facilement accessible. Une crise très médiatisée peut ainsi donner l’impression que les marchés sont constamment en danger.
Ces deux biais peuvent vous pousser à modifier votre stratégie en fonction de l’actualité, à investir après une forte hausse ou, au contraire, à vendre dans la précipitation après une baisse.
Pourtant, les marchés financiers se raisonnent sur le long terme, pas à partir de la dernière information entendue. Apprendre à prendre du recul face à l’actualité permet donc d’éviter de confondre ce qui est récent ou très visible avec ce qui est réellement important pour votre stratégie.
Quand notre cerveau cherche à conforter nos convictions
Avez-vous déjà recherché des informations qui allaient dans le sens de ce que vous pensiez déjà ? C’est exactement ce que fait le biais de confirmation : nous avons tendance à privilégier les informations qui confortent nos convictions et à minimiser celles qui les contredisent.
En investissement, cela peut vous conduire à ne consulter que les analyses qui confirment votre opinion sur une entreprise, un secteur ou un placement, tout en ignorant les signaux qui pourraient vous faire changer d’avis.
Le biais d’ancrage, lui, consiste à accorder une importance excessive à une information de référence, même lorsqu’elle n’est plus pertinente. Par exemple, vous pouvez considérer qu’une action est « bon marché » simplement parce qu’elle vaut aujourd’hui 80 € contre 120 € il y a quelques mois.
Ces deux biais peuvent vous enfermer dans une décision initiale et rendre plus difficile la remise en question de votre stratégie. Une information passée ou une conviction personnelle ne constitue pas nécessairement un bon indicateur de ce qui est pertinent aujourd’hui.
Prendre du recul consiste donc à accepter de confronter régulièrement ses convictions à de nouvelles informations, y compris lorsqu’elles viennent les remettre en question.
Pourquoi nous investissons plus facilement dans ce que nous connaissons
Vous connaissez probablement mieux les entreprises dont vous utilisez les produits ou les services au quotidien. Cette proximité peut donner l’impression que vous connaissez également mieux leur potentiel d’investissement. C’est le biais de familiarité : nous avons tendance à privilégier ce que nous connaissons et à nous sentir plus à l’aise avec ce qui nous est familier.
En investissement, cela peut vous conduire à privilégier les entreprises françaises, les secteurs dans lesquels vous travaillez ou les marques que vous appréciez, simplement parce que vous avez le sentiment de mieux les comprendre.
Pourtant, connaître une entreprise ne signifie pas nécessairement connaître sa valeur ou son potentiel en Bourse. Une entreprise que vous appréciez peut parfaitement être un mauvais investissement, tout comme une entreprise inconnue peut présenter des opportunités intéressantes.
Ce biais peut également conduire à une diversification insuffisante, en concentrant votre épargne sur quelques entreprises, secteurs ou zones géographiques que vous connaissez.
Prendre conscience de ce réflexe permet donc de distinguer ce qui nous est familier de ce qui est réellement pertinent pour notre stratégie d’investissement.
Mise en situation : saurez-vous déjouer le piège de votre cerveau ?
Imaginez : vous avez acheté une action à 120 € il y a un an. Aujourd'hui, son cours est tombé à 80 €. Vous lisez une analyse financière : la moitié des indicateurs montre que l'entreprise fait face à des difficultés structurelles majeures, tandis que l'autre moitié estime qu'il s'agit d'une opportunité passagère.
Spontanément, sur quelle partie de l'analyse votre attention va-t-elle se porter en priorité ?
Si votre réflexe est de vous dire : « Elle valait 120 €, à 80 € c'est forcément une bonne affaire, je vais lire l'avis positif pour me rassurer », votre cerveau vient de combiner deux mécanismes :
- Le biais d'ancrage : vous êtes resté fixé sur le prix passé (120 €) comme référence absolue, alors que la réalité économique de l'entreprise a pu changer.
- Le biais de confirmation : votre esprit cherche naturellement les arguments qui valident votre choix initial (acheter/conserver) et ignore les signaux d'alerte qui imposerait une remise en question.
Notre cerveau cherche intuitivement à nous donner raison pour éviter l'inconfort d'une erreur. L'investisseur, lui, gagne à confronter froidement ses certitudes à une méthodologie d'analyse objective et structurée.
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