Obtenir la rémunération que vous méritez

Comprendre et parler la langue de son environnement professionnel
Comme nous l’avons vu précédemment, une négociation de salaire réussie s’articule toujours autour de trois grands axes :
- Déterminer ce que vous valez — autrement dit, connaître la valeur monétaire de vos compétences, de votre expertise, et de votre expérience sur le marché.
- Déterminer ce que vous voulez — en fonction de vos besoins, de votre réalité de vie, et de vos priorités, personnelles comme professionnelles.
- Et enfin, apprendre à le demander.
Jusqu’ici, je vous ai donné les clés pour les deux premières étapes : comprendre ce que vous valez, et savoir ce que vous voulez.
Nous allons maintenant passer à la troisième et dernière étape :
Demander pour obtenir.
Et obtenir ce qu’on mérite ne dépend pas du hasard. Cela repose sur trois choses :
- la posture que vous adoptez,
- les mots que vous employez,
- et la façon dont vous les dites.
Pourquoi ? Parce que le monde de l’entreprise, c’est un peu comme un pays étranger. Chaque industrie, chaque secteur, chaque entreprise, a son propre langage, ses codes, ses usages, sa culture.
Prenons une analogie.
Quand vous partez dans un pays étranger, votre premier réflexe, c’est de prendre un dictionnaire, et pour les plus curieux, d’apprendre quelques mots de la langue locale.
Pourquoi ? Parce que vous savez très bien que c’est la seule façon d’être compris·e.
Imaginez maintenant : vous arrivez en Suède, et vous commencez à parler français, mais personne ne vous comprend. Vous pourrez toujours répéter, insister, hausser la voix… rien n’y fera. On ne vous comprendra pas.
Et si vous insistez de trop, vous finirez par passer pour le fou ou la folle du bus, celui ou celle qui a un problème…
Et bien, dans une négociation, c’est exactement la même chose. Vous avez beau avoir le bon message, si vous ne parlez pas la langue de votre interlocuteur, il ne vous comprendra pas — ou pire, il vous comprendra de travers.
👉 La clé, donc, pour obtenir la rémunération que vous méritez,
c’est d’apprendre à parler la langue de votre industrie, de votre entreprise et de votre interlocuteur.
C’est ça, la véritable compétence de négociation : traduire votre valeur dans un langage que l’autre comprend.
C’est cette compétence qui vous permettra d’obtenir un salaire d’entrée à la hauteur de votre juste valeur — et de continuer à le faire évoluer, tout au long de votre carrière.
On ne va pas se mentir : parler d’argent, c’est rarement une partie de plaisir. Ces conversations sont chargées d’émotion — des deux côtés.
Et c’est justement ce qui les rend inconfortables.
La clé, pour vous en libérer, c’est de rationaliser.
Comment ? En deux étapes très simples :
- en expliquant vos prétentions salariales de manière factuelle,
- et en utilisant les bons mots.
Commençons par la première étape. Pour expliquer vos prétentions salariales, appuyez-vous sur votre étude de marché. Ces données ne sortent pas de votre chapeau : elles reflètent la réalité du marché du travail, et sont vérifiables par votre interlocuteur.
Résultat : votre discours gagne en crédibilité et devient difficilement contestable.
Deuxième étape : les bons mots. Parce que les mots ont un pouvoir. Ils créent des images, des émotions, des réactions. Et dans le contexte d’une discussion autour de l’argent, certains mots peuvent tout simplement faire dérailler la conversation.
Par exemple :
❌ « Euh… j’étais à 35 K sur mon précédent poste, donc voilà… »
❌ ou encore : « Mon salaire actuel est de 67K €.
Ces formulations traduisent de l’ignorance, de la peur, du doute, de la dévalorisation. Elles vous placent d'emblée dans une position de faiblesse,
Résultat vous perdez instantanément le contrôle de la discussion.
À la place, essayez plutôt ceci :
✅ « La valeur d’un profil comme le mien sur le marché se situe entre 40 et 45K €. »
✅ ou encore : « Quel est le budget envisagé pour ce poste ? »
Voyez la différence ?
Vous n’êtes plus en train de vous justifier, vous exposez simplement la réalité. Et c’est là que tout bascule, car c’est cette posture — calme, factuelle, assumée — qui fait toute la différence.
C’est cette simple nuance qui change tout. Car quand on ramène la discussion aux faits, tout change, l’échange devient simple, fluide, professionnel. Vous reprenez la main, et vous obtenez plus facilement la rémunération que vous méritez.
Objectiver & rationaliser pour reprendre le pouvoir
On ne va pas se mentir : parler d’argent, c’est rarement une partie de plaisir. Ces conversations sont chargées d’émotion, surtout pour les salarié·es. Et pour cause : la majorité d’entre vous n’a jamais appris à parler d’argent avec un recruteur.
En revanche, le recruteur, lui… il fait ça tous les jours. Il est entraîné, il connaît les codes, les chiffres, les tactiques. Autrement dit, dès le départ, le rapport de force est déséquilibré.
C’est un peu comme si moi, Insaff, qui joue au tennis le dimanche, devais affronter Serena Williams en finale de Roland-Garros.
La clé, pour rééquilibrer ce rapport, c’est de vous libérer de la charge émotionnelle liée à l’argent. Et pour ça, il y a deux étapes très simples :
- Objectiver.
- Rationaliser.
Première étape : Objectiver.
Expliquez vos prétentions salariales en vous appuyant sur votre étude de marché. Ces données ne sortent pas de votre chapeau : elles reflètent la réalité du marché du travail, et elles sont vérifiables par votre interlocuteur.
Résultat : votre discours gagne en crédibilité, et devient difficilement contestable. 🎯 Bim.
Le “juste prix” de votre profil ne dépend plus de votre humeur du jour ou de votre niveau de confiance.
Il devient un fait objectif — clair, solide, mesurable.
Deuxième étape : Rationaliser.
Parce que vous le savez 👉 les mots ont un pouvoir. Ils créent des images, des émotions, des réactions. Et dans une discussion autour de l’argent, certains mots peuvent littéralement vous coûter cher.
Pourquoi ? Parce que votre formulation et votre vocabulaire révèlent tout : votre niveau de connaissance du marché, votre aisance à parler d’argent, et parfois même… votre degré de confiance en vous.
Prenons un exemple.
Quand un recruteur vous demande vos prétentions salariales, évitez les réponses du type :
❌ « L’argent n’est pas mon premier moteur. »
❌ ou encore : « Mon salaire actuel est de 50 K€. »
Ces formulations vous font perdre instantanément le contrôle de la discussion. Elles placent le pouvoir dans les mains du recruteur, qui décide alors — seul — de votre futur salaire.
C’est un peu comme si un acheteur vous demandait :
« Combien vaut votre appartement ? »
et que vous répondiez :
« Je l’ai payé 300 000 euros en 2020. »
On s’en fiche de combien vous l’avez payé. Ce qui compte, c’est sa valeur actuelle sur le marché.
💡 Vous voyez l’idée ?
La clé, donc, c’est de reprendre la main. En parlant chiffres, faits, valeur. Pas d'émotions, justifications ou hésitations. Parce que dans une négociation, celui qui maîtrise le langage de la valeur maîtrise aussi la dynamique de la discussion.
À la place, essayez plutôt ceci.
✅ « J’aurais tendance à vous demander : quel est le budget prévu pour ce poste ? »
✅ ou encore : « La valeur d’un profil comme le mien sur le marché se situe autour de 50 K€. »
Vous entendez la différence ?
Dans le premier cas, vous amenez votre interlocuteur à dévoiler ses cartes.
Dans le second, c’est vous qui posez le cadre.
Dans les deux situations, vous reprenez le contrôle de la discussion. Et c’est là que tout bascule. Parce qu’à cet instant précis, vous n’êtes plus en train de subir la conversation, ni d’essayer de “deviner la bonne réponse”. C’est vous qui menez la danse.
Et selon la réponse de votre interlocuteur, vous savez exactement dans quelle direction orienter l’échange pour l’amener là où vous voulez. Le tout, sans hausser le ton, sans forcer. Simplement, avec les bons mots, la bonne posture, et cette assurance tranquille de celles et ceux qui savent comment obtenir ce qu’ils ou elles méritent.
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